Rencontre avec Pierre …

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Dans la rubrique « A L’HONNEUR » retrouvez un itw de Pierre Cochou.

Rencontre extensionnelle  ou plutôt évasion en dehors des sentiers battus … 

 

 

 

 

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Bonjour Pierre, peux-tu en quelques mots te présenter ?

Je suis marié à Laurence, sportive également, et j’ai deux fils, Téo (18 ans) et Etienne (16 ans). Côté boulot, je suis Directeur Administratif et Financier rattaché au Réseau International des Instituts Pasteur et suis arrivé en NC en 2006.

Sur le plan sportif, j’ai un « formatage » vélo que mes parents et ma vie d’ado à la campagne m’ont amené tout naturellement à pratiquer avec quelques années de compétition en junior-espoir.

 

 


Tu as participé à plusieurs courses ultra trail, Comment es tu venu sur cette discipline et quels sont tes meilleurs souvenirs de course?

J’ai passé 15 années en Guyane dès l’âge de 23 ans et le vélo n’était pas dans les mœurs là-bas.

Après 4-5 ans sans sport, j’ai recommencé à me dépenser en salle et ai découvert la course à pieds avec un ami rugbyman qui en avait dans son programme d’entrainement.

Et puis est venu le premier défi pour moi à l’époque : faire au moins un marathon dans ma vie et si possible dans un lieu mythique… ce fut New York, en 1997, j’avais 30 ans. Mais comme Obelix et la potion magique, je suis tombé dans la marmite ! J’ai depuis bouclé 18 marathons.1456794_10201678277732861_1031026637_n

 

Le trail est venu plus tard, dans les années 2003-2004. Assez naturellement car les sorties longues sur route en Guyane étaient un peu fastidieuses et avec des potes qui aimaient comme moi la forêt amazonienne, on a commencé à s’entrainer dans ce milieu grandiose où les chemins devaient quelques fois être tracé par nous-mêmes.

 

pierre-3C’est de là que la passion du trail est venue progressivement. Sortir des séances codifiées de la course sur route et découvrir le plaisir d’évoluer en osmose avec le milieu naturel qui t’entoure. Ensuite « l’ultra » en lui-même comme on le nomme (courses en nature > 80kms), il arrive petit à petit quand tu comprends, ou que les autres te font comprendre, que ton corps à des limites insoupçonnées.

Comme pour le marathon, c’est parti d’un défi que je voulais unique et la Réunion avec sa Diagonale des Fous était la référence en 2005.

Depuis 12 ans, j’ai dû réaliser une douzaine de courses ultra dont 2 Tor des Géants, 1 UTMB, 1 TDS, 2 GRP, 3 GR Réunion … etc.

La réunion et le Tor sont les deux plus belles épreuves que j’ai aimé faire tant par la beauté des paysages, la dureté de l’épreuve, l’ambiance et les bénévoles. Des organisations au top qui te donnent l’envie de toujours aller plus loin.

 


Quelle est ta semaine type quand tu prépares le Tor des Géants?

Le Tor, c’est 2 fois la distance et 2,5 fois le dénivelé d’un ultra « classique » qui fait généralement 165km et 10 000D+/-. Cependant, l’allongement de la distance ne se traduit pas forcément par des séances plus longues qu’un ultra classique.

Ce que j’essaye de faire durant les 2 derniers mois c’est de travailler sur la fatigue pour reproduire les sensations de la course. Donc plutôt que d’allonger la durée des séances, je préfère augmenter le nombre de séances.

Ce qui me convient bien, ce sont 4 à 5 séances de course à pieds auquel je rajoute quelques séances en salle de renforcement ou de RPM. Les 2 sorties du WE, pouvant inclure du vélo/VTT, servent à reproduire les conditions de course et permettent de tester le matériel. Si je fais une compétition, elle sera intégrée au plan sans aménagement la semaine précédente.

La vraie contrainte donc pour moi pendant cette période est de « penser » sport presque tous les jours !

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Quelle place accordes-tu à la VMA et au renforcement musculaire en prépa ultra?

C’est un point crucial pour une bonne préparation. Avec ma petite expérience maintenant dans le trail, je me rends compte que faire du trail, de l’ultra voire plus comme le Tor, ne doit pas conduire à travailler que l’endurance. Même si cela reste fondamental dans la semaine type, j’ai remarqué que continuer les séances de VMA et de seuil me permettait de conserver une vitesse de base très utile pendant la course sur les parties roulantes.

Quand tu peux encore courir en aisance à 8-10 km/h sur du plat ou en descente après 200kms, tu gagnes énormément de temps par rapport à quelqu’un qui ne peut que marcher. Et ce n’est pas en côte que tu feras les plus grosses différences mais plutôt en descente…

On se rend vite compte dans les courses internationales que les calédoniens ont, comme les réunionnais, des qualités indéniables et supérieures à la moyenne grâce à leurs terrains d’entrainement propices.

Pour ma part, je sais aussi que depuis que je travaille régulièrement le renforcement musculaire, j’ai gagné en « fluidité » dans les passages techniques en y laissant donc moins d’énergie et de séquelles musculaires.

Le renforcement musculaire reste donc une composante incontournable pour moi dans ma préparation jusqu’à 2-3 semaines avant l’épreuve.

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De plus en plus de triathlètes, effectuent une transition vers le trail voire l’ultra trail.

Quels seraient les conseils majeurs que tu pourrais donner pour mieux appréhender le « d+ » – le « d- » et « la nuit » ?

Le triathlète a déjà une « caisse » énorme et supérieure à la moyenne par le nombre de séances effectués et dans 3 disciplines différentes. Il travaille déjà les 3 allures de base nécessaire à toute progression et il sait ce que veut dire travailler sur la fatigue.

Son travail consistera donc plus à développer sa capacité d’endurance sur des séances plus longue et à vitesse moindre… voire à marcher !

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Le vélo l’aidera indéniablement à bien passer les bosses car sa musculature est développée. S’il se lance sur un ultra, il devra cependant abandonner l’idée de courir tout du long dans une bosse qui parfois peut représenter 2h d’effort pour arriver au sommet. Les entrainements peuvent donc lui paraitre assez déroutants par rapport à ses séances habituelles souvent rapides et courtes.

 

Pour les descentes, cela demandera plus de temps s’il n’a jamais pratiqué le « sentier » tout terrain. Le mieux est dans ce cas de participer à des sorties de groupe avec des gens aguerris qui lui donneront des repères sur les techniques à adopter.

 

Ensuite, pour un ultra qui lui demandera 1 voire 2 nuits à passer, il faut être en capacité de bien connaitre son corps pour s’alimenter correctement et en quantité optimale. Malheureusement, ce n’est que la pratique qui permet de valider des protocoles qui restent très personnels et que tu ne peux reproduire complètement à l’entrainement qui va durer 6-7h alors que tu devras évoluer pendant plus de 30h au minimum sur un ultra.


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S’agissant de la nuit, c’est plus le matériel qui compte que le travail à l’entrainement. Bien entendu, pour se rassurer la 1ère fois, il faudra avoir fait quelques séances pour prendre ses repères et comprendre qu’on ne peut évoluer aussi rapidement que de jour. Ensuite, sur sa capacité à tenir la nuit, il n’y a pas de travail spécifique à faire. Le corps à une capacité de maintenir la machine en veille pendant pratiquement 40h sans dormir. Pour ceux qui savent déjà naturellement faire des micro siestes, ils auront un avantage indéniable.

Pour ma part, je ne suis pas très bon dans ce domaine.

 

Au cours de mon dernier Tor, j’avais donc opté de faire ma 1ère pause une fois que mon corps dirait « stop »… c’est arrivé après 36h d’effort et 150kms. J’ai dormi 4h d’affilée mais j’étais frais comme un gardon le lendemain… à chacun donc sa méthode dans ce domaine !

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Est-ce que tu as déjà envisagé un triathlon distance Ironman?

Je me suis mis au triathlon depuis 2009, essentiellement car il me permet de démarrer l’année dans un sport très bien adapté en NC pendant la période chaude avec des séances de qualité que je veux à tout prix conserver et qui me servent énormément pour la suite de la saison. J’ai déjà fait 2 half où je me suis bien senti dans l’effort… il est évident qu’aujourd’hui, j’ai dans le coin de ma tête la distance reine.

Comme pour le marathon de mes 30 ans, pourquoi pas un IronMan pour mes 50 ans l’année prochaine ? Je sais que le plus dur pour moi ne sera pas le vélo ou la course à pied mais plutôt d’arriver à mieux déjauger dans l’élément H2O… pas simple pour un non nageur comme moi !


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As-tu une ou deux anecdotes qui t’ont marqué durant les épreuves en ultra?

Pas une anecdote en particulier mais des situations qui se produisent quand la fatigue est là…

On dit souvent dans ces épreuves d’ultra qu’il faut un mental de fer pour y arriver.

Et c’est vrai qu’au-delà du physique, c’est un des éléments qui entrent en jeu pour franchir la ligne d’arrivée.

Le mental, je pense l’avoir mais comme je ne suis pas un bon gestionnaire du sommeil, il m’arrive de cumuler la fatigue et le sommeil sans vouloir m’arrêter de peur de trop dormir trop.

J’y vais donc au mental mais s’ensuit généralement des périodes d’hallucinations où je vois des choses qui n’existent pas… un homme au loin qui qui n’est qu’un tronc d’arbre, des poissons volants au milieu d’une rivière, des cailloux en forme de tête qui me parlent !

 

Un peu déroutant les premières fois mais maintenant je m’y suis fait et j’en rigole intérieurement en me disant que ça y est, j’ai atteint mes limites et que mon cerveau est en train de débrancher toutes les connexions superflues… je dis donc « bonjour » au tronc d’arbre et aux rochers qui me parlent en me disant qu’il faut être quand même frappe à dingues pour se mettre dans cet état-là et qu’il est temps de stopper la machine !


Merci Pierre pour le temps consacré à répondre à cet itw.

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(réalise par O. Tchernenko – 11_2016)